Campagne des villes et villages fleuris

     
  évolution de la campagne des villes et villages fleuris  
 

Les abus d’un fleurissement « standardisé » qui, du Nord au Sud de la France, favorise des solutions techniques couteuses (éléments de mobilier, substrat, arrosage …) et néglige l’identité paysagère de leurs sites d’implantation.

 

 

L’entrée d’une commune rurale rendue spectaculaire par un fleurissement par prairie fleurie : une solution technique favorable aux insectes, qui ne demande aucun arrosage estival et révèle le paysage singulier des plaines agricoles des plateaux de l’Eure.



Depuis 2005, EURE TOURISME et le CAUE 27 ont unis leurs efforts pour revaloriser le concours départemental des villes et villages fleuris de l’Eure. Ce rafraîchissement d’une politique publique initiée à partir des années 50, avec avant tout un objectif touristique était devenu indispensable. Le nombre des communes participantes connaissait une stagnation et les modes de fleurissement s’inscrivaient quelquefois en contradiction avec la prise de conscience environnementale et paysagère récente.

 

Cette transformation s’attacha à proposer le fleurissement comme un indicateur global de qualité du cadre de vie destiné à s’adresser à l’ensemble des communes du département, y compris les plus rurales. L’autre objectif poursuivi visait à réorienter les modes de fleurissement vers des pratiques plus vertueuses et durables.

 

Plus de cinq années peuvent aujourd’hui témoigner de l’évolution réussie du concours départemental des Villes et Villages Fleuris de l’Eure. Le texte ci-dessous détaille ses étapes ainsi que les moyens techniques mis en œuvre par le CAUE27 et ses partenaires.

 

Sommaire


  • Du « concours » à la « campagne »
  • Cadre de vie et développement durable
  • La grille de critères
  • Les actions d’accompagnement
  • Retour sur expérience : premiers objectifs atteints
  • Quelles pistes d ‘amélioration de la campagne départementale ?
 
 
     
  du « concours » à la « campagne »  
 

La rencontre systématique des jurys avec les représentants élus, techniciens ou bénévoles des communes inscrites à la campagne départementale permet de sensibiliser directement à l’intérêt d’investir l’espace public à des fins esthétiques et récréatives.

 

 

En 2005, le département de l’Eure a donné une nouvelle impulsion au concours départemental des Villes et Villages Fleuris. Sous l’impulsion de son président, le Comité Départemental du Tourisme chargé de son organisation, engagea une réflexion pour actualiser et amplifier le mode d’attribution du label Villes et Villages Fleuris.

 

Un objectif affirmé était de rendre attractif le concours aux communes petites et moyennes. L’Eure compte en effet près de 85 % de communes ayant moins de 1 000 habitants (et 2/3 des communes ont moins de 500 habts).

 

Le second objectif était de proposer aux communes des modes de fleurissement compatibles avec la prise de conscience environnementale actuelle. Le département de l’Eure possède là aussi une spécificité : le Sud de son territoire fait régulièrement l’objet de mesures de restriction hydrique et l’arrosage des jardins et des espaces verts peut être limité voire suspendu en période estivale.

 

Un travail commun avec le Conseil National des Villes et Villages Fleuris et un voyage d’étude dans le département labélisé « Fleuri » de la Marne permirent de poser les bases ce qui allait devenir la « campagne » départementale de fleurissement. Il ne s’agissait plus seulement de distinguer l’élite des communes fleuries mais de proposer une dynamique globale valorisant l’ensemble des actions en faveur du cadre de vie. Et, pour reprendre la phrase attribuée à Monsieur de Coubertin, l’essentiel n’était plus de gagner mais bien de participer.

 

Ce renouveau s‘accompagna de plusieurs réformes de fonctionnement :

  • la rencontre systématique par les membres des jurys des élus des communes visitées,
  • l’ouverture des jurys à des regard différents (élus, offices du tourisme, agents des services espaces-verts, horticulteurs, paysagistes, gestionnaires de parcs et jardin, membres d’association de jardiniers …),
  • la saisie des commentaires des jurys et leur communication aux communes,
  • une nouvelle répartition des prix,
  • la création de journées d’échange sous forme de voyages d’étude à l’attention des élus et des agents techniques des collectivités primées dans l’année. 

 

L’évolution souhaitée supposait également l’adoption de critères de sélection plus attentifs au développement durable. EURE TOURISME ne possédant pas, par nature, cette expertise, il s’adressa au CAUE 27 pour actualiser la grille de critères. L’objectif était de garantir une cohérence technique globale et d’animer des actions de sensibilisation des communes à des pratiques de fleurissement plus adaptées.

 

La réflexion du CAUE27 s’inspira notamment de certaines politiques sectorielles menées par les services du Conseil général. Des actions initiées par le pôle environnement (Plan de réintroduction des fleurs messicoles par exemple) ou par le service Eau et rivières (Charte d’entretien de l’espace public) trouvèrent une caisse de résonnance favorable à la sensibilisation des communes petites et moyennes.

 
 
     
  cadre de vie et développement durable  
 

A Bazincourt-sur-Epte, une entrée de ville qui sort de l’ordinaire grâce à la conservation sur l’espace public d’un vénérable chêne multi séculaire.

 

 

A l’échelle nationale, le partenariat mené entre le Conseil National des Villes et Villages Fleuris et la Fédération Nationale des CAUE a permis de proposer aux départements des critères de fleurissement favorables à une prise en compte globale de la qualité du cadre de vie. Pour reprendre une citation extraite du site du CNVVF : Quel serait l’intérêt de récompenser une ville ou un village dont le fleurissement n’habillerait qu’un environnement dévasté ?

 

Deux aspects de l’action communale sont ici concernés : la qualité d‘aménagement de l’espace public, dans sa dimension végétale comme minérale, et la qualité de sa gestion.

 

L’aménagement de l’espace public renvoie à la diversité de la mise en œuvre du végétal (parcs, jardins publics, potagers familiaux, espaces verts, patrimoine arboré, massifs, pelouses…) et au soin apporté à la mise en valeur globale des espaces publics (enfouissement des réseaux, qualité et harmonie des matériaux, mobilier fonctionnel et de confort, valorisation du patrimoine architectural et paysager, maîtrise de l’affichage publicitaire, entrées de ville…).

 

La qualité de gestion désigne toutes les pratiques d’entretien et de pérennisation de l’espace public : propreté, économie d’eau, abandon ou gestion raisonnée des produits chimiques, mise en place de modes de fleurissement et de techniques de gestion alternatives, inventaire et protection des espaces naturels ou des structures paysagères singulières …

 

L’intervention du CAUE 27 a consisté à adapter ces critères d’évaluation aux spécificités du département de l’Eure. En effet, l’ensemble des recommandations émises à l’échelle nationale s’entendent sans difficulté pour des communes possédant budget et services techniques. Dans le cas des communes rurales, le fleurissement repose souvent sur l’enthousiasme bénévole d’élus et de particuliers possédant des moyens financiers, techniques et humains beaucoup plus relatifs.

 

Collecte des eaux pluviales à Pacy-sur-Eure et démonstration de désherbage alternatif : la protection de la ressource en eau (arrosages, traitements phytosanitaires) constitue un enjeu majeur motivant à lui seul un renouvellement radical des modes de gestion future du végétal situé sur l’espace public.

 
 
     
  la grille de critères  
 

La grille de critères utilisée par les membres des différents jurys est devenue l’outil principal de communication des pratiques de fleurissement plus vertueuses.

 

Structurée en huit thèmes, elle oriente l’évaluation vers des champs techniques diversifiés : certains attendus (« Savoir-faire », «Plaisir des yeux», «Répartition équilibrée sur le territoire communal»), d’autres moins reconnus en matière de fleurissement («Modes culturaux respectueux de l’environnement», «Existence d’espaces publiques récréatifs», «Participation des habitants»).

 

Cette technicité avouée pouvait paraître inaccessible aux communes dépourvues de services techniques. Aussi, à l’intérieur de la grille, chaque notion abordée est explicitée par une liste exhaustive d’exemples permettant de proposer des illustrations réalistes adaptables à chaque contexte.

 

L’unité d’ensemble réside dans la volonté d’associer fortement le fleurissement à tous les éléments qui composent le territoire communal : la fleur n’est pas considérée pour elle-même mais comme indicateur ultime d’une qualité globale de l’espace public communal. La fleur associée aux végétaux pérennes, la fleur comme témoin d’un savoir faire technique et esthétique, la fleur comme élément de biodiversité ou de médiation avec les habitants de la commune…

 
 
     
  les actions d’accompagnement  
 

Les formations proposées par le CAUE27 aux membres des jurys, aux élus et aux techniciens de collectivités (ici «Messicoles et prairies fleuries» au Potager pédagogique de Beaumesnil) et Floralies départementales organisée par l’Union des maires de l’Eure ont permis de développer une culture du végétal ouverte et créative.

 

 

La grille de critères proposant une sorte de «règle du jeu» fut l’objet de rencontres avec élus et techniciens. Une présentation de type diaporama fut réalisée par EURE TOURISME et le CAUE27 pour servir de support de communication de la campagne de fleurissement et de ses critères. En 2009, 4 intercommunalités ont ainsi proposé cette information à leur conseil.

 

Cette sensibilisation se décline également à l’échelle communale avec la présentation par le CAUE27 du diaporama aux élus qui en font la demande et à leurs agents techniques. Elle est suivie par une visite de la commune permettant de dresser un diagnostic global de l’espace public, en matière de fleurissement, de gestion ou d’aménagement structurant. Chaque année, une moyenne de 10 à 12 communes fait ainsi appel au CAUE pour actualiser leur mode de fleurissement de l’espace communal. Ces conseils personnalisés peuvent donner lieu à des comptes rendus permettant de préciser les actions prioritaires à mettre en œuvre et les partenaires à mobiliser.

 

Des renseignements sur la Campagne départementale de fleurissement sont délivrés sur support papier par EURE TOURISME grâce à une lettre d’information et à deux petits guides du fleurissement.

L’action concertée d’Eure-Tourisme et du CAUE27 porte également sur l’organisation et l’animation d’une matinée de formation proposée chaque année à l’attention des membres des jurys de fleurissement. Trois réunions de travail et la manifestation de remise des prix par le Conseil général rythment par ailleurs le déroulement annuel de la campagne départementale.

 

Depuis 2010, la formation des jurys s’accompagne d’une après-midi technique conçue par le CAUE27 et ouverte aux membres des jurys ainsi qu’aux élus et techniciens des collectivités. Elle porte sur un thème d’actualité (2010 : prairies fleuries et fleurs messicoles, 2011 : la charte départementale d’entretien des espaces publics, 2012 : gestion différenciée et biodiversité). A partir de 2012, le voyage qui récompense les élus et les agents des collectivités des communes primées déclinera la même thématique de visite. Il est également proposé que le bilan annuel de la campagne départementale s’accompagne d’une conférence permettant de développer en détail, un aspect technique particulier issu de la grille de critère (en 2012 : présentation du label Village Etoilé).

Paralèllement, depuis 2006 sous l’impulsion de l’Union de maires et des élus de l’Eure, les Floralies départementales invitent les services techniques des communes à témoigner de leur savoir-faire en présentant au grand public des compositions fleuries originales. Cette manifestation organisée chaque année par une nouvelle commune dure un week-end. Elle connaît un succès populaire jamais démenti avec un nombre toujours croissant de visiteurs (près de 8 000 pour l’édition 2011).

 
 
     
  retour sur expérience : premiers objectifs atteints  
  En 2009, cinq campagnes départementales ont permis d’établir un premier bilan.

Les objectifs de participation, notamment des petites communes sont atteints :

  • plus de 200 communes participent à la campagne de fleurissement (contre 104 en 2004)
  • le nombre d’inscription des communes de moins de 1 000 habitants a considérablement progressé (leur nombre a plus que doublé et représente aujourd’hui plus de la moitié des inscrits).

 

Cette progression est également quantitative avec une augmentation considérable du nombre de labellisations dans ces catégories (en 2009 : +450 % de labellisation pour les communes de moins de 500 hbts, +270 % pour les communes de 500 à 1 000 hbts).

L’évolution de la prise en compte environnementale est plus difficilement observable. Elle s’inscrit dans un processus long qui interroge la société dans sa globalité. De plus, les questions techniques qu’elle soulève ne sont pas encore toutes connues et les solutions proposées actuellement sont souvent partielles, expérimentales ou simplement très onéreuses.

 

On remarquera cependant que les critères d’évaluation qui suscitaient le plus d’incompréhension en 2005 (enfouissement des réseaux aériens, aménagement minéral de l’espace public, collecte des eaux pluviales) sont aujourd’hui compris et acceptés par les membres des jurys ainsi que par les élus rencontrés dans les communes.

 

2011 vit la reconnaissance du travail entamé en 2005 avec l’attribution au Conseil général de l’Eure du « Trophée Département Fleuri » par le Conseil national des villes et villages fleuris. Ce label, décerné pour une durée de 5 ans, récompense l’implication du département dans l’organisation de la campagne départementale des villes et villages fleuris ainsi que son dynamisme dans « ses actions de formation, de communication et de sensibilisation favorables au développement durable du territoire » (site cnvvf.fr/les-departements-fleuris).

 

L’Eure est le 18ème département français et le 1er département normand à obtenir cette distinction.

 
 
     
  quelles pistes d’amélioration de la stratégie départementale ?  
 

La volonté du Conseil général et la reconduction tous les 5 ans du Trophée département fleuri incitent à une amélioration constante de la stratégie d’accompagnement des communes inscrites à la campagne départementale des villes et village fleuris. Plusieurs pistes peuvent d’ors et déjà être évoquées.

 

Une meilleure connaissance des communes

 

A l’exemple d’autres département, la création d’un questionnaire amélioré annuel sur les modes et les moyens de fleurissement mis en œuvre par les communes permettrait d’optimiser la connaissance des communes et de leurs attentes et de faciliter leur rencontre avec les différents jurys.

 

La rédaction d’un guide de fleurissement durable des communes rurales

 

Cette action réclamée régulièrement par les différents partenaires de la campagne départementale permettrait d’apporter un éclairage technique adapté aux caractéristiques territoriales de l’Eure. La campagne de communication liée à la publication du guide serait susceptible d’initier une campagne de sensibilisation des intercommunalités et des communes non inscrites à la campagne départementale.
Ce projet relevant plus d’une évolution globale de nos modes d’action plutôt que de la singularité de nos territoires, il mériterait d’être engagé en partenariat avec d’autres CAUE normands.

 

La structuration de l’offre en formations pratiques

 

Si l’organisation actuelle assure les actions de sensibilisation et de formation générique des communes, l’offre de formation pratique à destination des élus, des particuliers assurant bénévolement le fleurissement de leur commune et des agents techniques des collectivités mérite d’être encouragée.

Localement l’offre actuelle se partage entre le CNFPT le Lycée horticole d’Evreux et l’association Florysage. Une articulation des stages proposés autour d’une stratégie collective permettrait d’optimiser et de développer la sensibilisation des communes, notamment des communes rurales. Ce travail de mise en réseau permettrait également de solliciter des partenaires aujourd’hui intéressés mais connaissant des difficultés à s’insérer dans le dispositif (les Jardiniers de France, l’association 1001 légumes, …).

 

«  Ambassadeurs du fleurissement » : renforcer l’implication des bénévoles

 

Là aussi, l’exemple d’autres départements ruraux montre l’intérêt d’associer plus largement des particuliers bénévoles pour assurer des relais supplémentaires de sensibilisation, d’information, de promotion ou de représentation auprès d’un public plus large, local ou touristique).

La définition de cette action est entièrement à engager. Une première recherche de références similaires mériterait d’être approfondie (projet de « communauté des accueillants » menée par Eure-Tourisme, « Club des ambassadeurs du fleurissement » développé depuis 2009 par le CDT de la Marne …).

Le cas échéant, cette action permettrait de réinterroger le « concours départemental des Maisons Fleuris » dont les objectifs peinent à refléter les ambitions actuelles de la Campagne départementale des villes et Villages Fleuris de l’Eure.

 
 

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