BIMBY

     
  pour une densification-diversification-régénération des quartiers pavillonnaires  
 

Objet

 

Le programme de recherche BIMBY porte sur les stratégies de densification, de diversification et de régénération des tissus pavillonnaires. Partant du constat que les tissus pavillonnaires occupent la majeure partie des terres urbanisées dévolues à l’habitat et de la volonté de lutter contre la consommation des espaces naturels et agricoles, le programme vise à définir les conditions de développement d’une nouvelle offre de logements individuels au sein d’un tissu déjà bâti.

 

 

Organisation

 

Pour répondre aux multiples questions que soulèvent cette problématique, le programme est organisé en plusieurs tâches :

  • l’analyse et la modélisation systémiques des « gisements » politiques, sociaux et urbanistiques ;
  • l’approche technique qui concerne la construction, l’architecture et l’aménagement ;
  • la dimension urbaine avec la question des fonctions et services urbains (équipements publics, mobilité, activités économiques, etc.) ;
  • les outils juridiques et règlementaires, les procédures et la gouvernance des actions.

De plus, des expérimentations virtuelles et in situ sont programmées afin de tester les innovations issues du croisement des résultats obtenus dans le cadre des tâches énoncées.

 

 

Financement et partenaires

 

Le programme est financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Il réunit pour une durée de trois ans (décembre 2009 – décembre 2012) une douzaine de partenaires :

  • les Centres d’étude techniques de l’Equipement et de Normandie Centre, les Ecoles nationales supérieures d’architecture de Marseille, Paris Belleville,
  • le laboratoire de Recherches Interdisciplinaires Ville, Espace, Société (RIVES)
  • le LATTS (Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés)
  • et pour un ancrage territorial, les communautés d’agglomération de Rouen-Elbeuf-Austreberthe (CREA) et de Saint-Quentin-en-Yvelines (CASQY) ainsi que le CAUE27.

 

 

Axes de réflexion

 

Deux axes de recherche ont été fixés dès le départ. Tout d’abord, les projets de construction sont d’initiative privée. Ensuite, la typologie des quartiers n’est pas modifiée, c’est à dire que la nouvelle offre d’habitat ainsi produite est composée de logements individuels ou mitoyens, et non de collectifs ou d’extensions des logements existants.

 

 

Questions

 

Soucieux de sa mission d’intérêt général de sensibilisation, formation et conseil auprès des particuliers mais aussi des collectivités, le CAUE s’est intéressé à l’une des questions majeures posées par le programme de recherche, celle de la convergence des intérêts privés des particuliers, initiateurs de projets, avec l’intérêt général porté par la collectivité.

De quelle façon les pouvoirs publics peuvent initier, accompagner, organiser, maîtriser et contrôler ce processus ancestral de fabrication de la ville, de sorte qu’il génère un tissu mieux constitué, doté des équipements indispensables au développement de l’urbanisation ? Comment faire pour que des opérations de construction/transformation de logements d’initiative privée participent à une urbanisation cohérente des quartiers pavillonnaires ? Comment coordonner ces projets entre eux et avec l’action publique ? De quelle façon la concertation des habitants s’adapte-t-elle pour prendre en compte les attentes des habitants et est-elle prise en compte par les décideurs locaux ?

 

Une autre préoccupation forte du programme de recherche consiste en la définition des conditions d’émergence de nouvelles pratiques professionnelles.

Quelles sont les compétences urbaines, architecturales, paysagères, techniques, administratives, sociales, financières nécessaires à l’accompagnement des projets ? Comment peuvent ou doivent évoluer les pratiques des professionnels qui interviennent déjà dans ce processus ?

 

 

Actions du CAUE27

 

La première étape de la participation du CAUE27 au programme de recherche a consisté en le repérage de quartiers susceptibles de faire l’objet d’une étude voire d’une expérimentation. Dans cette perspective, près d’une quinzaine de quartiers dispersés dans différentes communes du territoire ont été étudiés. Ce travail était mené en parallèle sur le territoire des agglomérations rouennaise et de Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

En savoir plus sur cette étude : lien vers les fiches d’identification (PDF)

 

Le CAUE27 est pilote de la tâche 4 consacrée à l’étude prospective des outils juridiques et aux procédures de gouvernance. Pour cette mission, il s’est adjoint les services de Thierry VILMIN, socio-économiste de l’aménagement et chercheur au sein du bureau d’études Logiville. Cette collaboration a permis de produire, à partir de l’étude des textes législatifs, de l’observation des pratiques et de l’entretien de multiples acteurs (élus, techniciens, bureaux d’études, géomètres, notaires, instructeurs des autorisations d’occupation du sol, etc.), plusieurs textes qui établissent le constat des pratiques et contraintes actuelles. Ces textes traitent de thématiques aussi diverses que la division foncière, l’assainissement autonome, la taille des parcelles, le règlement des zones à urbaniser dans les Plans locaux d’urbanisme, ou encore l’évolution des lotissements. Ils ont vocation à permettre de proposer des innovations qui seront testées in situ.

 

En savoir plus sur les résultats de la tâche 4 : lien vers les briques conceptuelles

 

De plus, l’expérimentation in situ a été confiée au CAUE27. Il s’agit d’expérimenter une maîtrise d’œuvre urbaine adaptée et de définir ses modalités de travail, de fonctionnement et de qualifier son nouvel environnement institutionnel, financier et juridique. Le CAUE27 a donc organisé une consultation pour sélectionner trois équipes pluridisciplinaires. Celles-ci ont pour mission, sur un ou deux sites chacune, l’accompagnement de l’ensemble des acteurs locaux dans une démarche de densification-diversification-régénération, au premier rang desquels se trouvent les propriétaires de pavillons.

 

Cette démarche nécessite une grande présence sur le terrain. Elle vise en effet à préfigurer et tester les voies possibles d’accompagnement de démarches de densification-diversification-régénération par la mise en place d’un dispositif itératif de conception et de management urbain (maîtrise d’œuvre urbaine), centré sur la capacité à agir du propriétaire occupant et de l’habitant du quartier.

 

L’expérimentation de ces nouvelles formes de maîtrise d’œuvre urbaine porte sur les 4 sites  suivants :

  • le quartier pavillonnaire qui fait la transition urbaine entre le centre ville et la cité des Tours du Levant aux Andelys
  • le quartier du centre bourg de Heudebouville
  • le quartier du Doult-Vitran à Pont-Audemer
  • une partie du hameau ouest de Saint-Aquilin-de-Pacy.

 

Ses conclusions sont attendues pour la fin du mois de novembre 2012.

 

En savoir plus sur l’expérimentation : lien vers les dossiers d’information (PDF)

 

 

Dépecer ou rapiécer les quartiers pavillonnaires ?

 

Le produit de la recherche BIMBY à laquelle le CAUE27 a contribué est aujourd’hui vulgarisé avec simplisme : pour économiser les terres agricoles, il suffirait de diviser le terrain d’un pavillon existant sur cent en mobilisant une filière courte. Un conseil architectural ponctuel d’une heure et une modification des règles d’urbanisme suffiraient pour dynamiser ce marché!

 

Parce que cette vision ne cadre pas avec la pratique pédagogique du CAUE27, les expérimentations BIMBY qu’il a menées, se sont centrées sur le choix de quartiers pertinents et sur la constitution de solidarités habitantes. Ces démarches ont montré qu’il était possible de rassembler et de rapiécer le tissu urbain, à l’image des paysans japonais du début du siècle rapiéçant leur kimono et faisant preuve ainsi d’un respect des ressources et d’un attachement aux éléments du quotidien. Le résultat de ces techniques traditionnelles était un Boro : le tissu de la vie!

 

A la découpe foncière, le CAUE27 préfère rapiécer les tissus pavillonnaires. Les démarches menées dans l’Eure ont monté l’importance de construire un regard collectif sur le devenir du quartier pour dépasser le NIMBY habituel. Le partage d’enjeux comme le désenclavement, invite alors à rassembler certaines pièces du tissu très fragmenté de ces quartiers. Ce rapiéçage s’envisage par sous-ensemble, en fonction des initiatives prises par quelques voisins en relation avec la commune.

 

Pour cela, il est indispensable de mettre en place et de pérenniser sur ces quartiers un conseil individuel ouvert au collectif par le biais de cahiers recueillant l’ensemble des «petites initiatives urbaines» imaginables par chacun. Ce cahier collectif est consultable et amendable. Il évolue au fil du temps en fonction des désirs des attentes et des projets des habitants. Il participe, page à page, à la construction d’un intérêt partagé par les habitants pour développer le quartier à partir du rassemblement de leurs initiatives. Au croisement hasardeux de l’intérêt privé -souvent économique- avec l’intérêt général d’économiser le foncier agricole, se substitue ainsi la conjugaison patiente des intérêts privés et publics, par l’identification d’un intérêt collectif propre à chaque quartier.

 

Pour que de tels projets se concrétisent, une coopérative rassemblant habitants, propriétaires, artisans et commune peut se constituer. Elle a vocation à faciliter l’échange de prestations (réhabilitation thermique, construction, …), de terrains (privés ou publics) et de services (étude, financement, …). Elle fonde son action sur l’intérêt collectif révélé et reste ouverte à l’apparition de nouvelles initiatives prises ensemble par ses membres. La question de la réglementation urbaine est alors posée comme une résultante de l’enjeu opérationnel (comme dans l’urbanisme opérationnel traditionnel) et fait l’objet d’adaptations successives en phase avec la dynamique opérationnelle du groupe.

 

Pour que ce type de démarches prenne corps dans les quartiers, le CAUE27 recommande toute une série d’initiatives relevant des différents niveaux de responsabilité du développement urbain territorial.

 

  • Identifier dans les SCoT, les quartiers propices à la densification (proximité d’équipements, irréversibilité du modèle pavillonnaire du secteur, densité suffisamment faible pour permettre des mutation sans conversion de forme urbaine, …).
  • Développer localement la culture de la participation habitante sur ces quartiers en prenant appui notamment sur les démarches d’habitat participatif.
  • Mettre en place des dispositifs d’écoute des propriétaires et d’échanges entre les habitants pour recueillir et faire évoluer les petites initiatives urbaines résultants des initiatives individuelles ou portées par des petits groupes.
  • Accompagner la mise en place de coopératives réunissant habitants, futurs résidents, artisans du bâtiment et élus pour fédérer et structurer leurs actions quotidiennes et pour créer une base d’échange solide de biens et de services relevant de la construction, du foncier et de l’aménagement.

 

 
 
Quartier à son état initial Quartier dépecé Quartier rapiécé

 

 
 

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