Lisières vivantes

     
  lisières vivantes – comment habiter les bourgs de l’eure ?  
 

Cinq mois furent nécessaires pour transformer le mémoire d’étude de trois étudiants paysagistes de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles en une publication de 150 pages consacrée aux lisières des bourgs de l’Eure. Initié dès 2009, le projet est stratégique. Il permet d’associer en une seule démonstration trois phénomènes essentiels à la constitution du territoire eurois contemporain :

 

  • l’étalement urbain
  • la banalité de nos espaces résidentiels récents,
  • l’effacement progressif des singularités de nos terroirs agricoles traditionnels.

 

Sur la base d’une solide investigation de terrain décliné sur 3 paysages eurois représentatifs : les vallées – le plateau – le bocage, le document précise la nature et l’évolution des lisières des villages de l’Eure. Comment un riche tissu interstitiel composé de prés-vergers et de jardins disparaît au profit d’une périurbanisation stéréotypée désagréablement incongrue sur fond de labours.


L’ouvrage s’attache ensuite à montrer l’intérêt des démarches de développement urbain inventif fondées sur une culture de projet partagée par la diversité des acteurs territoriaux en présence (élus, habitants, agriculteurs associations, …). De nombreuses références, choisies sur l’Eure et ailleurs, en fournissent des illustrations explicites. Ces pistes pour faire revivre les lisières, valorisent les ressources, les singularités et les énergies propres à chaque territoire.

 

Planifier globalement l’espace rural (urbanisme et agriculture), produire et consommer localement, gérer conjointement les ressources humaines et naturelles d’un territoire, sont les trois principes structurant de ces démarches. 

 

La parution de l’ouvrage bénéficia de trois manifestations de promotion sur chacun des territoires d’études investis par les étudiants. Une déclinaison spécifique accompagna chaque rencontre : la diversification de l’agriculture, l’agroforesterie, le bocage comme support d’une filière bois-énergie.

Ces rencontres s’inscrirent dans le cadre de la Semaine Agricultures & Paysages 2011 organisée par la Fédération nationale des CAUE.

 

Destiné aux élus locaux, aux techniciens des collectivités et aux professionnels du cadre de vie, l’ouvrage connaît une large diffusion sur le territoire national. Du fait de l’originalité de son sujet, il motive également un certain nombre de sollicitations extérieures et la tenue de plusieurs conférences dédiées.

 

 

Lisières vivantes ou marges isolantes ?

 

Pendant que le CAUE27 éditait l’ouvrage sur ce que pourraient être des lisières vivantes dans l’Eure, le Pôle Images de Haute-Normandie confiait à Patricia di FIORE un travail photographique sur les marges de nos espaces urbains. Le CAUE27 s’est donc associé à cette initiative.

 

Le regard de Patrizia di FIORE porte sur ce qui fait limite, aux marges de la ville et aux marges du rural. Se mettre à la limite c’est en quelque sorte la repousser sans être soi-même repoussé. Le regard qui passe sur ces limites de paysages et de modes de vie, montre le mélange des genres.
Comment en sommes nous arrivés là ? Comment sont-ils arrivés là ? Comment vont-ils s’approprier ces lieux, faits de chez-soi ouvert aux quatre vents ? Quelles parts de désir personnel et de contraintes sociales justifient cette présence aux marges de la ville ?

 

Ces « marges » faisaient déjà pester l’architecte Emile AILLAUD en 1975. Il s’insurgeait contre « les hameaux à la française, où tout est fait pour que l’on soit vu de ses voisins, vu le sécateur à la main taillant ses rosiers, vu déjeunant en famille sous la véranda, (qui) ne correspondent à aucun besoin authentique. » Il se montrait agacé par les publicités qui invitent à vivre au village : « Ici, vous vivrez un éternel week-end ». La vie est-elle un week-end ? Quelle imposture ! écrivait-il dans son ouvrage intitulé « Désordre apparent, ordre caché ».

 

Aujourd’hui, on pourrait ajouter que les « marges » ne sont en rien le village rêvé. Leur identité pose question.
La périphérie des villes accueille en moyenne 3 fois plus de logements que les pôles urbains eux-mêmes. L’influence urbaine se disperse, se morcelle sur des territoires ruraux de plus en plus éloignés. Le phénomène est général. Sur 5 ans, près d’un million de maisons individuelles se construisent en France, 25 000 en Haute Normandie.
Les raisons de ce succès reposent sur plusieurs facteurs qui dépendent d’un système d’acteurs qui combine les attentes des habitants, les moyens techniques des constructeurs, les intérêts des propriétaires fonciers et les stratégies des décideurs publics. Produire à distance des autres limite les débats et les recours. Produire un pavillon limite les investissements publics sur les secteurs dépourvus d’équipements, de réseaux, de transports publics ; ce sont les particuliers qui assument ces coûts. Produire  chacun sa maison nécessite au départ moins d’investissement et de matière grise que de produire et gérer ensemble la vie d’un quartier pour tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « LISIERES VIVANTES Comment habiter les bourgs de l’Eure ? », 2011, CAUE27

 

Télécharger l’ouvrage (PDF)

 

 
 

Comments are closed.